Itinéraire indien

J’ai pris un aller simple pour Bombay, et je ne sais pas encore exactement où mes pas me mèneront. Je rejoins Anaïs et Mike pour voyager avec eux pendant 1 mois, puis ils s’envoleront vers la Thaïlande alors que je passerai encore quelques semaines en Inde. Voici donc mes premières prévisions d’itinéraires…

inde14  janvier – A :  Arrivée à Bombay

17  janvier – B : Séjour dans un Yoga Center à Goa

22 janvier – C : Visite de la magnifique région du Rajastan

11 février – D:  Départ d’Anaïs et Mike à New Dehli

12 février – E:  Rainbow gathering à Allahabad

26 février – F:  Volontariat chez mère Térésa à Calcutta

11 mars – G:  Découverte de l’écovillage d’Auroville

Fin mars, je quitterai probablement l’Inde pour rejoindre la Thaïlande, en bateau ou en avion.

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La Nef des Fous

J’ai passé quelques jours dans la communauté de Jansiac, encore appelée la Nef des fous, située à  une cinquantaine de kilomètres de Sisteron, au milieu des montagnes.

En 1974, 16 personnes s’installent sur 300 hectares achetés pour une bouchée de pain. Ils souhaitent expérimenter un nouveau mode de vie,  plus proche de leurs convictions philosophiques et politiques:

  • abolition totale du salariat
  • rejet des échanges d’argent
  • choix du cadre de vie (ce que l’on perçoit)
  • abolition du cadre familial, au profit de la communauté où chacun conserve toutefois son individualité
  • rejet du principe de l’intérêt collectif primant sur l’intérêt individuel (décisions prises à la majorité exprimée)
  • rejet du principe de propriété
  • rejet de l’Education Nationale, jugée trop “normalisante”

Pour cela, ils créent un lieu équipé des moyens de production des besoins élémentaires de la vie quotidienne (nourriture, vêtements, énergie, construction, mobilier,…), ainsi que des moyens de communication, d’expression et d’accès à la culture. La communauté de Jansiac est ainsi équipée d’une menuiserie, d’une scierie, d’une ferronnerie, d’un élevage de moutons, de nombreux champs et vergers, et des différentes machines outils, ainsi que d’une bibliothèque riche en livres philosophiques, politiques, techniques, agronomiques… L’objectif est d’accumuler un savoir et des expérimentations suffisantes pour aboutir à l’utopie de philosophe “Inuit Aper Son”, simple jeu de mots qui désigne un moyen de vivre sans nuire, aux autres, à la planète, aux générations futures…

 

L’écovillage de Lacabe

Le lieu qui m’a le plus inspiré est l’écovillage de Lacabe à 50 km de Pampelune, en Espagne. Ce village abandonné, reconstruit par une 15 aine d’hommes et de femmes il y’a 30 ans est un modèle d’autonomie. L’écovillage compte aujourd’hui 50 habitants dont 17 enfants. L’argent nécessaire à son fonctionnement est généré par les recettes d’une boulangerie bio, et d’ateliers de construction d’écohabitats. Les habitants, bien qu’originaires de la ville, sont en effet devenus, avec le temps, spécialistes en éco-construction. Grâce à de vastes chantiers, ils construisent de nouvelles maisons en pierre, des maisons de paille et de torchis, isolées du sol par des pneus usés… Une touche artistique ajoute de la poésie à chaque espace. La nourriture consommée est produite au 3/4 par des jardins et un peu d’élevage.

Une sage-femme assure les accouchements à domicile. L’école est assurée sur place dans des lieux d’épanouissement personnel, bien loin du système scolaire habituel. Les enfants apprennent ce qu’ils souhaitent apprendre, comme et quand ils le souhaitent. La communauté prend les décisions et gère les conflits grâce à deux assemblées par semaine. Ils habitent, non en famille, mais par petits groupes qui prennent les repas en commun. Toute la communauté partage un repas en commun chaque semaine. L’électricité du village est générée uniquement grâce à des panneaux solaires, une turbine et une éolienne. Cette électricité permet d’éclairer les maisons et d’alimenter deux frigos et un moulin. Ils disposent de quelques voitures qui roulent à l’huile de friture usagée qu’ils filtrent.

La communauté accueille régulièrement des visiteurs dans une large maison. Je n’y suis restée qu’un week-end, mais cette visite a été un rayon de soleil, car elle m’a prouvé qu’atteindre une certaine autonomie est possible…

Le camp de Décines

J’ai passé trois week-ends sur la butte de Décines, en périphérie de Lyon, pour découvrir des gens accueillants, qui mènent un combat contre tous les grands projets inutiles. Le camps de Décines s’est installé depuis avril 2012 pour lutter contre la construction d’un nouveau stade de foot, d’ici l’euro 2016. La construction d’un stade, mais aussi de larges routes d’accès et de boutiques sont prévues. Les filles et les fils de la butte occupent les terrains pour ralentir les travaux. Ils se sont donc associés à la lutte de l’association Carton Rouge et des paysans dont les terres ont été rachetées à bas prix. Leur énergie fait plaisir à voir. Après avoir installé plusieurs yourtes et tipis, ils viennent de pendre la crémaillère de leur nouvelle maison de paille, avec un magnifique toit auto-porté ! Les lieux de réflexion, côtoient les lieux de partage et d’expression artistique. Ils sont à présent une trentaine à vivre sur la butte. La justice les a convoqués en décembre pour annoncer leur expulsion, mais le jugement est pour l’instant reporté…

 Le respect de la nature et la joie de vivre auront-ils raison de la folie constructrice ?

La ferme hippie de Jean le Moine

J’ai passé une dizaine de jours dans cette ferme vosgienne au milieu des chèvres, des moutons, des poules, des canards et des paons. Ce sont des allemands qui s’y sont installés depuis plus de 30 ans. Le lieu respire la simplicité et la sérénité. Il accueille des dizaines de visiteurs, surtout pendant l’été. A mon passage en novembre, nous n’étions parfois que 2, et quelques jours bien plus nombreux.  Mathias vient de finir une formation pour pouvoir accueillir des adultes handicapés dans sa ferme. C’est un bon moyen de faire vivre financièrement la ferme, tout en conservant la philosophie du lieu. Les terrains autours fournissent du bois de chauffe, et les animaux fournissent du lait, des oeufs et un peu de viande. Mais rien n’est vendu, les arrangements avec les paysans aux alentours sont préférés. On apporte du fromage chez l’un avant d’aller ramasser des pommes chez l’autre…

 Maintenant je sais enfin traire une chèvre !

Si vous souhaitez visiter ce lieu, vous pouvez contacter  la ferme directement en remplissant ce formulaire:

Mes premiers écolieux…

Avant de me lancer dans un tour du monde des écovillages, je me suis dis qu’il fallait que je commence par savoir ce qui existe en Europe. Je suis donc partie quelques semaines à la découverte d’écolieux au hasard des rencontres.

FranceA: Lieu d’occupation contre l’installation d’habitations de luxe, the Runnymede ecovillage, en périphérie de Londres

B: Woofing à Jean le Moine, petite ferme vosgienne au milieu des chèvres et des vibrations hippies

C: Camp de Décines pour résister contre la création d’un nouveau stade de foot, en périphérie de Lyon

D: Ecovillage de Lakabe, à 50 km de Pampelune

E: La Nef des fous, installée à Jansiac, proche de Sisteron

Voici un bref aperçu de ce qui j’y ai vu. Les détails sont dans les articles suivants…

Nom Habitants Création Logement Activités Energie Financement
Runymede 15 juin-12 tentes, tippies, paille/torchis potager, récup bois, vélo+dynamo, panneau solaire dons + récup
Jean le moine 2 1982? vielle ferme, roulotte élevage, potager EDF + chauffage au bois 1 salaire
Décines 20 avr-12 tippies, yourtes, paille/torchis potager, récup, manifestation chauffage au bois dons + récup
Lacabe 50 1982 12 maisons pierre/paille/torchis potager, élevage, cueillette, fabrication pain/savon/bière, menuiserie, garage bois, solaire, turbine, éolienne, huile vente de pain, ateliers d’éco-construction
Jansiac 12 1971 maisons et camions élevage, potager, céréales; menuiserie, forge bois, GPL, bougie, biogaz subventions PAC

 

Pourquoi partir ?

A mon retour du Tchad, j’ai ouvert les yeux sur notre société actuelle:

– une aliénation par le travail, qui nous empêche de faire un “break”, de prendre du recul, de changer ses habitudes, de voyager pour découvrir d’autres horizons, de simplement rêver à une autre vie… Aujourd’hui, on court après la montre, parce qu’on a peur de ne plus profiter de ses soirées ou de ses week-ends après les longues journées de travail, alors on a plus le temps pour les choses simples… Le diktat du travail est de plus en plus présent dans nos vies. Il décide de notre lieu de vie, et du coup d’une partie de nos amitiés et peut même rompre des relations de couple…

– un monde de plaisirs artificiels, puisque notre temps est limité, il faut que nos loisirs soient limités dans le temps, mais très agréables, sans fausse note… Alors on crée du bonheur artificiel, prêt sur commande. On s’abrutit devant une télévision qui nous fait vivre des aventures par procuration. On entretient des relations amicales sur Internet parce qu’on a plus le temps de voir tous ses amis, de passer du temps avec eux simplement pour être là, sans avoir besoin de faire la fête ou une bonne bouffe…

– une consommation à outrance, pas par besoin, mais pour des plaisirs éphémères, pour acheter des objets vites inutiles  dépassés, cassés… On consomme par pulsion, pour réprimer des frustrations, pour avoir plus confiance en soi, pour se sentir exister.  La société crée de faux besoins toujours nouveaux pour stimuler cette ultra-consommation inutile, de sorte qu’on n’est jamais satisfait de ce que l’on possède…

– des ressources surexploitées, sans aucun réalisme et regard vers les générations futures qui aboutit à une atmosphère irrespirable, un dérèglement du climat, des sols stériles, du vivant artificiel incapable de se reproduire naturellement, une raréfaction des espèces adaptées naturellement à leur milieu au profit d’espèces artificielles et universelles. L’homme joue à l’apprenti-sorcier, sans en mesurer les conséquences…

 une incapacité à produire par soi-même ce dont on a besoin, soit par faute de temps, de motivation ou de savoir-faire. On est totalement dépendant du plombier, de l’électricien, du réparateur auto, et surtout du supermarché. On ne sait plus produire, même les choses les plus simples, tel du pain, du yaourt,  de la viande séchée ou du savon. On ne prend même plus le temps d’aller cueillir des champignons ou ramasser des châtaignes. On consomme des plats tout préparés, on achète des maisons toutes faites… On a oublié le plaisir simple de jouir de ce qu’on a construit ou préparé de ses mains.

– un climat dominé par la peur sous toutes ses formes. Dès l’enfance, on nous inculque la peur de l’échec, du chômage, pour nous pousser à travailler. Puis les médias et la société entretiennent la peur de l’inconnu, de l’étranger, de celui qui est différent. On imagine qu’il y a un violeur ou un meurtrier à chaque coin de rue, alors qu’il y a beaucoup plus de gens simples, bons de cœur, mais cherchant leur place dans une société qui les épuise…

Forte de ces constations, j’ai décidé d’aller à la découverte d’autres modes de vie, de consommation, de relations à la nature et aux autres. Je me lance donc dans un tour du monde des écovillages et des communautés vivant en pseudo-autonomie pour connaître des moyens originaux et différents de:

– consommer des produits locaux, ce qui recouvre une réalité différente à travers le monde, les possibilités sont innombrables

– pratiquer la permaculture, une agronomie qui s’adapte à la nature, et non à des contraintes économiques, et utilise des phénomènes naturels pour produire plus et mieux

– transformer des produits de manière artisanale, tisser la laine pour produire ses pulls, traire ses chèvres et produire son fromage, savoir reconnaître les plantes médicinales, apprendre à construire des maisons écologiques, des toilettes sèches, du compost… Bien qu’ayant fait des études BAC+5, je me sens ignare concernant toutes ces thématiques pourtant cruciales pour recouvrer un minimum d’autonomie localement

– consommer moins d’énergie, tout en utilisant des énergies alternatives

– vivre en communauté autogérée, ou chacun s’enrichit au contact de l’autre tout en gardant son individualité