Calcutta: entre souffrance et tendresse

J’ai cru naïvement que deux semaines de volontariat auprès des hospices de Mères Térésa serait une activité comme une autre. Je me suis donc inscrite à deux services : le matin auprès de femmes très malades à Prem Dam (donner de l’amour), et l’après-midi, auprès de jeunes filles handicapées à Shanti Dan (donner la paix). Mais je m’étais trompée, car rien qu’au bout de la première journée, je me suis sentie épuisée, littéralement vidée ! Probablement en grande partie à cause des transports en commun de Calcutta, qui sont surpeuplés. Pour arriver à mon lieu de travail, je passe souvent plus d’1h30 écrasée dans des wagons dans une chaleur accablante. Les gens se bousculent sans vergogne : il y a quelques jours, dans le compartiment réservé aux femmes, j’ai cru qu’un enfant allait étouffer, écrasé par la foule… J’ai donc déjà envie de fuir cette vaste agglomération bruyante et sale.

Mais ce volontariat mobilise aussi probablement beaucoup d’énergie intérieure, pour répandre de l’amour auprès de personnes avec qui on ne peut souvent presque pas communiquer… Le matin  nous commençons par faire la lephoto 4ssive, puis nous sortons les femmes de leur lit, pour celles qui ont du mal à marcher. Nous passons des moments simples avec elles, à leur tenir la main, souvent sans un mot. Elles nous donnent autant de tendresse, et peut-être même plus que nous leur en donnons. Certaines ont de tels sourires, une telle intensité dans le regard, malgré leur maladie, leurs douleurs… Ces femmes me touchent profondément. Je donne à manger à l’une d’entre elles, qui a des pansements sur les deux yeux, et le nez rongé par une maladie inconnue, et qui pourtant mange avec avidité. J’admire cette étincelle de vie. Une autre femme me raconte les cinq enfants qu’elle a perdus, avec les larmes aux yeux. Il y a beaucoup de souffrance et de malheurs ici, mais pourtant la vie y continue malgré tout son court…

Après le petit déjeuner, les femmes peuvent faire des travaux manuels, des jeux ou avoir une manucure si elles le désIMG_5971irent. L’après-midi passé avec les jeunes filles handicapées est plus calme. Elles se reposent au soleil, dessinent, puis on fait une courte promenade avant de prendre un goûter. Beaucoup sont en fauteuil roulant, mais elles s’entraident énormément entre elles. Elles aussi ont des grands sourires et des étincelles plein les yeux. Elles sont pleine de vie, ce qui me donne une bonne leçon de positivité ! Comment me plaindre, même des transports locaux, alors que ces jeunes filles gardent le sourire 🙂

En plus, les familles indiennes, qui m’hébergent, m’accueillent à bras ouvert. J’ai passé quelques jours chez Priyasha, une jeune que j’avais rencontré au Kumbah Mela. Elle m’a présenté à toutes ses amis, ses voisins et à toute sa famille. Je l’aIMG_5977i même accompagné à un anniversaire. On avait beau fêter simplement les 5 ans d’une petite fille, on aurait dit un mariage tellement il y avait d’invités, d’animation et de nourriture ! Puis j’ai Couchsurfer chez Arijit, et j’ai jeûné avec sa maman à l’occasion du Shiv Ratri : célébration de Shiva où l’on verse de l’eau et du lait sur le shiveling (symbole de Shiva) avant de lui offrir des fruits. Autant d’occasions pour essayer de nouveaux saris…

Je m’apprête à présent à embarquer en direction de Pondichéry et Auroville vers de nouvelles aventures…

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Varanasi: la purificaion de l’eau salvatrice et du feu crématoire

IMG_5780J’ai suivi le cours du Gange pour arriver à Varanasi, encore une ville hautement spirituelle. Les nagas babas, couverts de cendre, ont déjà pris possession de la rive. Ils se sont installés dans des tentes de fortune tout le long des Gaths, ces longs escaliers qui mènent au Gange. Ils passent leur journée à dormir, à méditer et surtout à fumer. Ils invitent très facilement les touristes de passage à boire un thé et à fumer le shilum (sorte de pipe avec du hachisch). Pour des personnes ayant renoncé à gagner de l’argent, ils dépensent beaucoup en haschich !! Certains pratiquent le yoga du pénis. Ils sont capables de porter une personne simplement avec leur pénis, en l’enroulant autour d’un long bâton. Je n’arrivais pas à y croire, avant de le voir. C’est vraiment impressionnant, irrationnel et pourtant vrai. Il faut croire que le yoga et le IMG_5793haschich donnent certains pouvoirs…

Au Manikanika Gath, une dizaine de buchers funéraires se consument toute la journée, emportant autant d’âmes vers une autre vie. Régulièrement des chants et des cloches annoncent l’arrivée d’un nouveau corps sur le lieu de crémation, accompagné des hommes endeuillés. Les femmes, qui se sont rasée la tête, n’accompagnent pas le corps. Habituellement couvert d’un tissu, il arrive qu’une partie du corps ne soit pas caché. On voit alors des cheveux brûler puis un visage noircir, et on se rappelle qu’on est très peu de chose, et que nous redeviendrons tous poussière.

Il est possible de traverser le Gange en bateau pour rejoindre une plage parsemée de IMG_5794déchets. Les objets non identifiés flottants dans l’eau n’invitent pas à la baignade. Pourtant, chaque jour les indiens viennent se purifier et se laver sur les deux rives. A la tombée de la nuit, des dizaines d’indiens pratiquent « l’arati » pour vénérer le fleuve dans un jeu de flammes, d’encens et de fleurs. De nombreuses familles déposent sur les eaux noires une petite embarcation précaire contenant une bougie et des fleurs. Ces milliers de flammes voguent dans le sens de courant tels des lucioles dans la nuit.

Je suis restée quelques jours à Varanasi, entourée de la famille Rainbow qui y a déménagé en même temps que moi. Je croisais donc des visages connus toute la journée en déambulant le long des Gaths. Nous étions invités régulièrement à manger par des babas et je me suis régalée de lassis, les meilleurs d’Inde selon moi. Je longeais chez un Couchsurfeur et sa famille à quelques 5km du centre ville, dans une magnifique maison. Après un bon repas partagé dans une communauté chrétienne, j’ai embarqué pour 12h de train…

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