De retour au bercail

Me voilà de retour au point de départ quelques 16 mois plus tard. Ça fait du bien de retrouver sa famille, ses vieux amis, ses racines… C’est le temps de prendre du recul sur cette aventure, et de constater combien j’ai changé…
Ce voyage m’a tout d’abord ouvert l’esprit. Changer son attitude par rapport à son mode de vie, la société de consommation, ses habitudes alimentaires, sa zone de confort est très difficile quand on est pris dans la routine quotidienne. A travers ce voyage, j’ai pu m’ouvrir à un mode de vie plus rural, une nourriture plus saine, et un mode de consommation totalement différent ! Ne posséder qu’un simple sac à dos et vivre du woofing, m’a permis de réaliser qu’il est possible de vivre avec très peu de biens et d’argent !
J’ai aussi repoussé mes limites en faisant du stop seule dans des pays dont je ne parlais pas la langue par exemple. Ça m’a beaucoup stressée, je dois bien l’admettre, mais au bout du compte, une personne secourable m’a toujours aidée. J’ai peut-être eu beaucoup de chance, ou bien simplement la vie est ainsi faite que malgré les galères, on finit toujours par retomber sur ses pieds si on garde confiance… Ainsi le jeûne, la méditation, le nomadisme sont autant de limites que j’ai repoussées, et qui m’ont ouvert les portes à plus de liberté !
Enfin, ce voyage m’a surtout permis d’atteindre plus d’équilibre intérieur. Je me connais mieux moi-même et je comprends mieux le monde qui m’entoure. Je suis donc à présent beaucoup plus sereine face aux difficultés que je rencontre. Mes angoisses et mes déceptions ne sont plus que passagères, et ne gouvernent pas mon attitude face aux autres et à la vie. J’ai plus confiance en moi, en les autres, et en la vie simplement. Mon humeur est donc plus équilibrée, mais aussi mon alimentation, mon mode de consommation et de vie. Je ne passe plus des heures devant un ordinateur et des soirées à essayer de compenser ce stress par de l’alcool et de la fête. Je savoure simplement chaque moment de la journée à sa juste valeur, que ce soit au milieu du jardin, coincée sur une aire d’autoroute ou en discutant avec un inconnu…

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Dernière ligne droite vers la maison !!

Je quitte l’île d’Eubée en stop. En route, un transporteur de glaces m’en donne une vingtaine… Je n’ai bien sûr pas le temps de toutes les manger avant qu’elles ne fondent ! Je repasse une nuit à Thessalonique, puis j’arrive en Bulgarie. Je devais y retrouver un compagnon de voyage, mais il me fait faux bond…
J’en profite pour passer le week-end à Sofia à la découverte de son histoire, de ses églises, mosquée et très nombreuses statues. J’y rencontre des voyageurs de toute l’Europe avec qui je déambule dans la ville en discutant. Je ne me lasse pas de déguster les baniza (genre de feuilleté au fromage enroulé comme un escargot) et autres gourmandises. J’essaie de déchiffrer l’alphabet cyrillique tout en apprenant quelques rudiments de bulgare, histoire de pouvoir expliquer où je vais en stop…
Je quitte Sofia le dimanche matin en direction de Belgrade. Je m’apprête à faire étape à Belgrade, Budapest, Viennes, Munich et enfin Strasbourg cad 5 jours de voyages… Mais finalement, le camion qui s’arrête devant mon petit panneau « Belgrade » va jusqu’en Allemagne, à 60km de Strasbourg !! Je n’aurais pas pu mieux tomber, deux jours et demi plus tard, je suis à la maison  Je suis finalement passée par la Slovénie et la Croatie grâce à ce chauffeur turc très sympathique. De quoi me réconcilier avec l’auto-stop et les chauffeurs turcs…
Du tracteur à la décapotable en passant par la petite camionnette à légumes et la moto, j’ai été prise en stop par plus d’une centaine de personnes dans 13 pays différents. Certains m’auront avancé de quelques kilomètres, et d’autres de plus de 1000km. Grâce à toutes ces personnes, j’ai pu comprendre un peu mieux la culture locale, même si notre langage ne passait parfois que par les gestes. Le stop m’a permis de faire des rencontres impromptues, parfois touchantes, parfois confuses mais toujours enrichissantes ! Au fil des sourires échangés, des discussions engagées, des repas partagés, des contrées traversées avec tous ces « inconnus », j’ai senti une toile de solidarité se tisser au-delà des origines, des préjugés, des peurs…

Et voici quelques photos:

Turkish turck heading to Germany !!

Stagones, des solutions originales…

J’ai ensuite visité le projet « stagones », qui a débuté il y a 5 ans lorsque Mathias, Stella et leur petit garçon se sont installés sur un terrain que possédaient leurs parents. Ils ont habité en caravane le temps de construire une maison en ballots de paille et en argile. Grâce à plusieurs séminaires, qui ont rassemblé plus d’une vingtaine de volontaires, ils ont pu construire leur maison, une cuisine extérieure et quelques autres structures en argile. Ils ont également construit une grande géode qui sert à présent d’atelier, de lieu de relaxation et de serre !

De nombreuses personnes ont rejoint leur communauté pour un temps ou de manière plus permanente. Il y a deux ans, ils ont investi dans un deuxième terrain dans la montagne où vivent à présent cinq personnes. Le terrain était assez isolé, sans route et sans source d’eau potable. Cela a poussé la communauté à trouver des solutions originales. Après avoir essayé d’utiliser un âne pour le transport du matériel lourd, ils se sont repliés avec succès sur une tyrolienne !! Ils ont également trouvé une source d’eau à deux kilomètres, qu’ils acheminent avec un long tuyau et stockent dans d’énormes sac en plastiques… Même leurs toilettes sont originales, construites en volets recyclés avec une magnifique vue et un très long baril noir exposé au soleil pour tuer toutes les mauvaises bactéries.

Pour en savoir plus, vous pouvez aller voir leur blog, c’est en grec, mais y’a plein de photos !!

Et voici les photos:

the big dome

Paliascala, le petit nid douillet de Suzie

Je profite de mon séjour sur l’île d’Eubée pour visiter d’autres projets dans les alentours. Je rends tout d’abord visite à Suzie, une allemande qui est venue vivre en Grèce il y a 30 ans. Avec deux jeunes hommes, elle a créé une communauté mais au bout de deux ans, ils ont décidé de vivre séparément tout en restant voisins. Aujourd’hui, Suzie vit dans une petite maison en briques qu’elle a construite elle-même entourées un jardin plein d’herbes et de légumes.

Par la passé, elle a atteint jusqu’à 80% d’autonomie alimentaire. Mais cela lui prenait beaucoup de temps, elle n’avait plus de vie sociale et se sentait coupée du monde. A présent, elle travaille 4h par jour dans son jardin, et passe 4h à peindre : sa grande passion. Elle peint avec de la peinture entièrement naturelle, à base de terre et de jaune d’œuf. Elle échange les aliments qu’elle ne produit pas contre des tableaux, quand elle le peut… Elle donne aussi quelques leçons de dessin 3 jours par semaines.

Son voisin, Sillas, est charpentier et vit avec sa femme et ses 3 enfants en pseudo-autonomie. De nombreux panneaux solaires et un générateur hydraulique (construit à partir de petites cuillères !!) produisent assez d’énergie pour toute la maison. Quelques poules, oies et lapins améliorent le quotidien et Sillas fait son propre fromage à partir du lait de ses chèvres.

Et voici tout cela en images:

Suzie's home